On ne présente plus cette bande copains-jouets depuis le premier opus sorti en 1996 ! A l'époque, les aventures de Woody et Buzz, écrites et mises en scène par John Lasseter, avaient fait entrer les studios Pixar dans la cour des grands de l'animation, capable de rivaliser avec Disney.
Trente ans plus tard, John Lasseter a quitté le studio et Disney a racheté son concurrent. La major compagny du divertissement pour enfants sort donc le 5° volet de ce qui s'annonce comme une franchise sacrément rentable.
Ce qui nous intéresse, à ENR, c'est le moteur de l'action de cette nouvelle aventure. Les nouveaux joujoux qui vont énerver notre sympathique bande d'amis des enfants sont des tablettes numériques ! Bonnie, la petite fille qui aime jouer avec les personnages inanimés de la bande à Woody, se voit offrir une tablette numérique (nommée "Lilipad") par ses parents. Ces derniers sont des adultes inquiets des conséquences du numérique sur l'épanouissement de leur fille de 8 ans.
Mais ils sont plus inquiets encore de la difficulté de leur enfant à ses faire des amies. Car les pré-adolescentes du voisinage sont toutes vissées à leurs écrans. Et surtout, quand elles veulent se voir, échanger et rire ensemble, elles communiquent par le biais de leurs tablettes. Alors Bonnie va apprendre à apprivoiser cette tablette qui va vite la fasciner et organiser sa vie. Mais c'est sans compter sur les jouets, menés par la cow-boy , qui vont tenter de trouver une amie digne de ce nom à Bonnie : une pré-ado qui n'a pas honte de s'inventer des histoires, en jouant avec des personnages en tissu ou en plastique peint. L'absorption par le géant Disney ne change rien à l'affaire.
Les studios Pixar n'ont rien perdu de leur savoir faire. Il faut dire qu'Andrew Stanton n'est pas le plus mauvais de l'équipe : il fut le réalisateur et le scénariste de Wall-e, le film d'anticipation sur l'avenir le plus affuté du début du XXI° siècle. Il faut donc d'urgence accompagner ses enfants ou ses petits-enfants pour voir ce dessin animé truffé de poursuites et de rebondissements. Pour en parler ensuite. Et pour se dire que la morale du film est que les seuls vrais jouets sont ceux qui nous forcent à faire preuve de créativité et d'imagination.
Car tout le film prouve que la crainte initiale des parents est fondée sur un postulat erroné : « Avec un jouet on ne peut que jouer, avec la tech on peut tout faire ». Les supports numériques ne nous rendent pas plus créatifs, précisément parce qu'ils peuvent tout faire. Alors qu'à un cochon tirelire ou une fourchette à lunettes, on peut faire jouer le rôle que l'on veut, leur faire éprouver les sentiments qui nous plaisent et les faire se battre ou s'embrasser, à notre guise et selon notre humeur du moment.
Un jouet rudimentaire, avec le moins de fonctionnalités possible, oblige l'imagination à prendre le pouvoir. Avec la tech, c'est la mort de la créativité ludique. Même un simple jeu de cartes offre plus d'avenirs possibles qu'un scénario écrit sur tablette numérique ! Alors bien sûr : j'aurais préféré que la tablette soit présentée comme un personnage détestable. Mais comme il n'y a que des gentils, au pays des jouets, elle s'en tire plutôt bien.
Mais le paradoxe ultime est qu'on retiendra que c'est le studio qui a enterré le dessin ordinaire au papier-crayons, qui a imposé l'usage du numérique dans l'animation, c'est ce studio qui aura osé le premier affirmer que le numérique est trop séduisant pour faire grandir les enfants.